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5 avril 2018

Maternelle, qu’est-ce qui se dessine ?

Le SNUipp-FSU rappelle le projet et l’ambition qu’il porte pour cette "grande école des petits"

Le ministère lance les Assises de la maternelle, laissant présager une remise en cause des programmes de 2015. Ces derniers dessinent pourtant les contours d’une école bienveillante et exigeante, dont les spécificités sont bien affirmées et évitent l’écueil de la primarisation.

Les programmes viennent tout juste d’être mis en application, leur impact n’a pas été évalué et déjà il faudrait tout remettre sur le tapis ? Le ministère organise cette semaine Les Assises de l’école maternelle. Il recommande de mettre en évidence comment la « dimension affective et la préparation aux apprentissages fondamentaux se renforcent au sein de l’école maternelle ». De plus une mission a été confiée au neuropsychiatre Boris Cyrulnik, avec pour idée directrice de faire de la maternelle « l’école de l’épanouissement et du langage ». La messe est-elle déjà dite ?

Les conférences vont durer deux jours et devront notamment mettre en lumière « les bonnes pratiques ». Parmi ces dernières, la méthode PARLER présentée comme « efficace » refait surface. Elle a été expérimentée entre 2005 et 2008, mais son évaluation par le ministère lui-même a été très négative. Du coup, le SNUIP-FSU s’interroge : « S’agit-il de remettre en cause les programmes de 2015 accueillis favorablement par les enseignantes et enseignants de maternelle et dont ils déplorent le manque d’accompagnement ? »

Cet accueil par la communauté éducative ne doit rien au hasard. Ces programmes dessinent les contours d’une école maternelle bienveillante et exigeante, soucieuse du développement langagier, sensoriel, culturel, corporel et social de tous les enfants. Fondée par l’inspectrice générale Pauline Kergomard en 1881, comme un lieu spécifique, pourvu d’une pédagogie adaptée aux jeunes enfants, l’école maternelle a subi plusieurs transformations tout au long de son histoire. La plus décriée fut celle des programmes de 2008, la faisant entrer dans un processus de « primarisation ». Ils assignaient des objectifs à atteindre pour donner les bases en fin de GS des apprentissages débutant au CP. Pourtant, « il n’y a pas trop de trois ou quatre années pour bâtir des séances journalières et programmées qui permettront à l’élève de mobiliser des habiletés qui l’aideront tout au long de sa vie », commente l’universitaire Véronique Boiron, spécialiste du langage. « L’enseignement du langage oral ne se réduit pas au lexique. On peut tous apprendre des listes de mots et être ensuite bien incapables de formuler une demande, de se faire comprendre. Le risque est de se mettre dans une logique de systématisation des tâches qui ne conviennent pas aux enfants de maternelle ».

Cet esprit, l’école de Salles d’Aude, village audois, sait le faire vivre. L’équipe a mis les programmes à sa main, en créant un dispositif, Des albums pour le dire, réalisés par les élèves et servant de support à leurs apprentissages tout au long du cycle. « Les albums donnent du sens aux apprentissages pour les enfants. Ils favorisent les interactions avec les familles autour de ce qu’on fait à l’école puisqu’ils les ramènent régulièrement à la maison », explique Cendrine, l’une des enseignantes.

Parmi les enjeux posés lors des Assises : la scolarisation des moins de trois ans. La question sera abordée par le biais du besoin de sécurité affective du jeune enfant. Question légitime et importante à laquelle les enseignantes et les enseignants de maternelle savent répondre. Mais cet accueil réclame des conditions et une organisation particulières avec des enseignants volontaires et formés. Pouvoir être attentif à leurs besoins propres, les aider dans leur socialisation, le développement du langage, requiert des classes spécifiques avec des effectifs réduits comme le prévoyait le dispositif moins de 3 ans. « En France, il y a des progrès à faire en termes de sécurisation du jeune enfant. Tout d’abord les effectifs qui sont parmi les plus lourds des pays occidentaux. Comment avec ces effectifs assurer les besoins de sécurisation, d’interactions, le travail sur le langage en petits groupes ? » demande Pascale Garnier, professeure en sciences de l’Éducation.

L’école maternelle des Primevères à Colmar (Haut-Rhin), ne compte que deux classes et n’accueille que des enfants de 2 à 4 ans. « À deux ans, on ne peut être ni dans l’injonction, ni dans la pédagogie du modèle, il faut trouver d’autres voies, les zones proximales et capter leur attention. On va vers les attendus de fin de cycle mais tout est une question de rythme et de dosage des activités, une intuition construite par la pratique », explique Caroline Sanchez, PEMF et directrice de l’école, soulignant que dans les Espé cette formation fait défaut. Dans une note publiée en mars, le Conseil d’analyse stratégique insiste sur le coût de la scolarisation des 2-3 ans. On peut redouter qu’il soit entendu alors que l’on sait l’impact positif de cette scolarisation pour les enfants des familles les plus éloignées du système scolaire.

Le dossier complet ici

Scolarisation obligatoire à 3 ans : et puis ?

En annonçant la scolarisation obligatoire à trois ans lors des Assises de la maternelle, le Président Macron n’a fait qu’entériner l’existant. Les questions demeurent concernant les moins de trois ans, les effectifs, la formation

Le communiqué

Le président de la République a ouvert les Assises de la maternelle en annonçant la scolarisation obligatoire dès 3 ans, indiquant vouloir réduire par cette mesure les inégalités sociales. Le SNUipp-FSU partage l’ambition de réussite de tous les élèves mais le sens de cette annonce interroge.

L’école maternelle, aujourd’hui non obligatoire, est pourtant fréquentée par la quasi-totalité des enfants de 3 ans. Les enquêtes auprès des familles montrent leur attachement à cette école première dans la réussite du parcours de leurs enfants.

Cette annonce ne dit rien en revanche sur la question incontournable de la qualité de cette scolarisation. Les dernières comparaisons internationales montrent en effet un retard de la France en termes de conditions d’accueil, de taux d’encadrement et de formation des personnels. Qu’en sera-t-il des moyens nécessaires à cette scolarisation dans les départements d’Outre-Mer où le taux atteint péniblement les 70% comme à Mayotte ou en Guyane ?

Faut-il voir par ailleurs dans cette annonce une remise en cause de l’accueil des moins de 3 ans et des dispositifs créés sous le quinquennat précédent ? S’inspirant des classes passerelles, cette scolarisation précoce permet pourtant aux élèves les plus fragiles de développer les compétences langagières et sociales, de renforcer les liens entre l’école et les familles et contribue à réduire les inégalités.

L’obligation scolaire à 3 ans devrait étendre de fait la réglementation en termes de financement. Quelles modalités sont envisagées par le gouvernement pour éviter que l’extension générale aux écoles privées n’exacerbe la concurrence scolaire au risque d’entraîner une baisse des financements pour l’école publique.

Pour le SNUipp-FSU, l’école maternelle doit conserver une feuille de route ambitieuse. Cela passe par une amélioration des conditions d’accueil (espaces adaptés, mobilier…) et d’apprentissage avec notamment une diminution des effectifs par classe, de la formation pour les enseignantes et les enseignants dans le cadre des programmes de 2015. Cela nécessite également de développer la relation aux familles et de favoriser la collaboration avec les ATSEM dans le cadre de la redéfinition de leur métier.

Rendre la maternelle obligatoire sans investir pour une meilleure qualité de scolarisation ne reviendrait qu’à entériner la situation actuelle avec ses réussites mais aussi ses faiblesses.

Lettre ouverte au ministre de l’Éducation nationale
- à retrouver ici

 

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